Lundi 4 mai 2026, club-house de l’AS Musau, Les Facilitateurs d’Alsace organisent ce nouveau Café Parlote consacré à l’intelligence artificielle.
Chronique d’une rencontre rédigée par Bernard Bloch (Les Facilitateurs d’Alsace)… qui s’est aidé de l’IA.
Lundi 4 mai 2026, nous nous retrouvons au club-house de l’AS Musau pour un nouveau Café Parlote des Facilitateurs d’Alsace. Malgré cinq excusés de dernière minute, nous sommes encore onze autour de la table : Certains sont des « anciens » (Isabelle Cablé, notre facilitatrice graphique Natalie Geny, Caroline Fitzl, Isabelle Talon-Franck), d’autres plus récents (Julien Brodier, Nadine Dobslaff, Nathalie David) et trois (Frédéric Cambacedes, Nicolas Bosshardt et Véronique Andres) sont enfin venus découvrir notre collectif dont ils avaient déjà beaucoup entendu parler. Bref, une belle diversité pour aborder un sujet qui touche chacun différemment : l’intelligence artificielle.
Un ice-breaker autour de femmes inspirantes
Pour lancer la rencontre, je propose un ice-breaker que j’avais imaginé et déployé lors des Journées des Nouveaux Arrivants du groupe ES. Affichant sur le grand écran du club-house quarante visages de femmes « connues », je demande à chaque participant de se présenter par son Prénom, Nom, Métier, puis d’expliquer quelle est la plus femme qu’il trouve la plus inspirante et pourquoi.
Les participants ont chacun leur préférence et les onze femmes citées sont Simone Veil (femme politique), Ada Lovelace (pionnière de l’informatique), Edith Piaf (chanteuse), Melanie Perkins (PDG de Canvas), Anne-Sophie Lapix (journaliste), Rosa Parks (militante des droits civiques US), Niki de Saint Phalle (artiste plasticienne), Marie Curie (physicienne et chimiste), Florence Arthaud (navigatrice) et Frédérique Bedos (journaliste, fondatrice de l’ONG d’information « Le projet imagine »).
Un moment simple, mais efficace pour créer un climat d’échange.
Les Facilitateurs d’Alsace et les prochains événements
Je rappelle ensuite ce que sont Les Facilitateurs d’Alsace : une communauté de pratique, non une association, où chacun vient volontairement pour coconstruire le programme, échanger et se développer entre pairs. J’en profite pour rappeler que j’écris des chroniques de chaque rendez-vous pour partager les connaissances et j’invite les participants à lire les articles publiés sur notre site internet des Facilitateurs d’Alsace
Rech. faciliteurs.trices dont deux anglophones pour des événements à venir
Notre collectif Les Facilitateurs d’Alsace est devenu aujourd’hui un partenaire de nombreux événements d’intelligence collective capable de mobiliser des facilitatrices et facilitateurs pour assurer la qualité des échanges.
Après avoir ainsi sourcer le Revell’East Strasbourg et le Workathon « Lycées pros », deux organisateurs d’événements nous sollicitent pour les aider à trouver des personnes volontaires.
- Factory 2026 – The Orbit à l’ISU (International Space University) sur le campus d’Illkirch), le 11 juin 2026, organisé par Paddock Academy, où quatre facilitateurs sont encore recherchés, dont deux anglophones. Parfaitement bilingues, Nadine et Nicolas se sont immédiatement porter volontaires. CFFD. On en cherche donc plus que deux francophones.
- Workathon « Entreprise engagée » à CCI Campus Strasbourg, le 19 novembre 2026, organisé par Healthy Management. Si nous avons déjà trouvé seize facilitateurs.trices, quelques autres seraient les bienvenus.
N’hésitez pas à me contacter via Linkedin si vous êtes intéressé.e.s.
Comment l’IA s’invite dans la facilitation et l’intelligence collective
Pour introduire le sujet, je partage deux expériences récentes publiées sur LinkedIn.
Dans mon premier post, j’ai demandé à plusieurs IA de créer une image évoquant « l’IA au service de l’intelligence collective et de la facilitation ». Les premières propositions étaient caricaturales, entre lumière divine et ambiance sectaire, ce qui m’a obligé à affiner mon prompt.
Dans le second post, j’ai demandé à un chatbot ce que l’IA pouvait apporter à la facilitation d’ateliers d’intelligence collective, puis à un autre outil de générer une image à partir de cette réponse. « L’intelligence artificielle (IA) peut apporter une valeur significative aux facilitatrices et facilitateurs d’ateliers d’intelligence collective, en renforçant leur impact, en automatisant des tâches chronophages et en enrichissant les dynamiques de groupe. » Lire la réponse complète du Chat
Cette introduction faite, je demande ensuite à chaque participant d’expliquer brièvement comment il utilise l’IA pour la facilitation.
Ce que les participants font déjà avec l’IA
Je lance l’enregistrement avec l’appli Dictaphone et sa transcription que je reprendrai pour écrire la suite en m’aidant de l’IA. Voici ce qui ressort des témoignages.
Des usages très variés de l’IA
Les témoignages montrent une grande diversité de pratiques :
Préparation d’animations et d’ateliers : certains utilisent l’IA pour générer des idées d’animations à partir d’un cahier des charges (nombre de participants, objectifs, contexte), ou pour structurer un atelier phase par phase avec un timing indicatif.
Travail sur le ton et la communication : l’IA est utilisée pour reformuler des mails sur un ton plus humoristique ou plus adapté, ce qui modifie parfois la qualité des retours reçus.
Création de supports visuels : plusieurs personnes s’appuient sur l’IA pour produire des images harmonisées, respecter une charte graphique ou transformer des dessins faits à la main en visuels plus nets.
Analyse documentaire et détection de fraude : dans le domaine financier, l’IA sert à explorer de grandes masses de documents (juridiques, financiers, etc.) et à détecter des fraudes documentaires.
Coaching et accompagnement : l’IA est mobilisée pour aider à préparer des ateliers, pour réfléchir à des plans de session, ou encore pour accompagner une réflexion personnelle (par exemple dans une recherche d’emploi).
Expérimentations en intelligence collective : certains relatent des ateliers où l’IA est utilisée en complément du groupe, par exemple avec la méthode Ishikawa (diagramme en « poisson ») ou dans des dispositifs mêlant IA et intelligence collective.
N’hésitez pas à consulter les événements gratuits proposées par les bénévoles de Paddock Academy car l’AI Lab ou la Factory du 11 juin prochain.
Facilitation graphique et IA : une participante raconte une expérience où sa facilitation graphique en direct était comparée à des productions visuelles générées par IA, mettant en lumière la différence entre richesse de contenu et subtilité humaine.
Outils fermés et espaces de travail IA : d’autres évoquent l’usage d’espaces de travail IA alimentés par leurs propres documents (modèles économiques, supports de communication, PDF, etc.), ou d’outils d’IA « fermés » basés sur des sources choisies.
Jeux, cartes, risques et séquences d’atelier
Un participant explique comment l’IA l’a aidé à construire un jeu de cartes pour cartographier des risques, même si l’explication des règles a dû être retravaillée manuellement pour rester claire et adaptée au public.
IA et intelligence collective appliquée à la famille
Un autre partage l’idée d’utiliser l’IA pour préparer un voyage en famille en tenant compte des envies de chacun : activités sportives, culturelles, etc.
IA multimodale et usages avancés
Enfin, un participant évoque des IA capables de combiner texte, image, synthèse et commentaires dans un même flux, notamment pour préparer un voyage ou analyser une situation sous différents angles (méthode des six chapeaux de Bono).
Limites, questions et points de vigilance
Les échanges ne se limitent pas aux bénéfices. Plusieurs limites et questions apparaissent :
Qualité et limites des outils : certains soulignent les difficultés de l’IA avec le texte intégré aux images (accents, lisibilité), ou le manque de pragmatisme dans la rédaction de règles de jeu.
Combinaison des outils : la difficulté à articuler différents outils (création de contenu, web, présentation, etc.) est mentionnée, notamment quand les coûts augmentent vite.
Rôle de l’humain : dans plusieurs témoignages, l’IA est décrite comme un appui qui ne remplace pas l’intuition, la sensibilité, la capacité à sentir les postures, les émotions ou les nuances dans un groupe.
Synthèse vs Ressenti : une participante note que l’IA peut très bien regrouper des idées et produire une synthèse, mais que le ressenti, la sensibilité propre à chaque atelier et les nuances entre plusieurs sessions ne ressortent pas de la même manière.
Ce que les participants aimeraient tester lors d’une prochaine rencontre
J’ai ensuite demandé aux participants quelles seraient leurs envies d’IA à expérimenter lors d’une prochaine rencontre avec Les Facilitateurs d’Alsace. Voici quelques idées évoquées.
Tester l’IA comme co‑facilitateur, notamment pour analyser les profils des participants, suivre les dynamiques de groupe ou aider à équilibrer les prises de parole.
Refaire l’expérience « humains vs IA ». Comme lors de Factory en 2024, constituer deux groupes produisant avec IA, six groupes produisant sans IA, puis comparer les productions et synthèses.
Tester l’IA pour analyser des post‑its. Prendre des photos, générer une synthèse, puis comparer avec une analyse humaine.
Explorer l’IA multimodale. Voir comment une IA peut enchaîner texte, image, synthèse et recommandations dans un même flux.
Tester l’IA sur un atelier complet. Design, points d’attention, déroulé, puis comparaison avec un design humain.
Approfondir la méthode Ishikawa avec IA. Reproduire l’atelier animé par Philippe Schon lors de l’AI Lab d’avril à Strasbourg, pour voir comment l’IA enrichit la réflexion collective.
« L’imperfection, les contraintes et la subjectivité peuvent devenir une valeur en soi »
La séquence se termine sur une réflexion forte autour de l’imperfection humaine. Nathalie, notre facilitatrice graphique, évoque la crainte de voir certains métiers menacés par l’IA, tout en constatant en même temps un regain d’intérêt pour des objets imparfaits et analogiques (vinyles, cassettes audio, platines). Elle met en avant l’idée que « l’imperfection, les contraintes et la subjectivité peuvent devenir une valeur en soi, complémentaire à ce que produit l’IA. C’est une manière de redécouvrir l’humanité dans ce qu’elle peut avoir de plus précieux. »
Alors, l’IA : alliée ou ennemie de l’intelligence collective ?
Ce Café Parlote a montré une grande diversité d’usages de l’IA, mais aussi une vigilance partagée : l’IA peut soutenir, accélérer, enrichir… mais elle ne remplace ni l’intuition, ni la sensibilité, ni la relation humaine qui font la force de la facilitation.







